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GR30, le Tour des Lacs d’Auvergne

Une des nombreuses raisons pour lesquelles j’aime tellement courir, c’est pour ce sentiment de liberté que j’ai, quand je pars avec juste mes chaussures, de l’eau et de quoi manger. Ces dernières années, pendant des grosses courses très bien organisées, avec ravitaillement et assistance, j’ai eu l’impression d’être un peu trop dans une ambiance de compétition et moins en direct avec mes sensations, les gens qui m’entouraient et les paysages que je traversais.

J’avais envie de retrouver ces sensations plus primitives, de me retrouver seul et de me prouver que je pouvais courir longtemps avec plaisir sans regarder le chrono, ni me soucier des barrières horaires. Par ailleurs, j’ai dû faire une pause pendant quelques mois à cause d’un ménisque abimé, qui m’avait contraint à calmer le jeu. Je voulais donc aussi voir si je pouvais repartir sur des longues distances mais à mon rythme, dans un cadre hors course, quelque chose que j’appellerai une course libre.

À la fin de mes dernières vacances d’été, j’ai donc décidé de découvrir le massif central par le GR 30, le Tour des Lacs d’Auvergne, qui fait environ 200 km pour 5568 mètres de dénivelé, sans assistance, juste mon sac à dos avec 3 litres d’eau, de la nourriture, un bivy de secours et une cb pour me ravitailler sur le chemin. J’avais lancé l’idée à mon ami Stéphane qui m’a tout de suite rejoint pour courir avec moi au départ de La Bourboule.J’ai choisi de faire le parcours dans le sens contraire des aiguilles d’une montre pour débuter par le Puy de Sancy, point culminant de ce chemin.

Il est 9 heures quand nous quittons le camping et ma petite famille, peut-être un peu tard mais Stéphane ayant fait la route tard la veille, il avait besoin de dormir pour partir frais. Son but était d’aller le plus loin possible à mes côtés, car sa distance maximale jusqu’à ce jour était de 40 kilomètres. Pour ma part, j’avais dans l’idée de boucler le tour en moins de 40 heures, si tout se passait bien mais surtout de m’amuser dans ces paysages que je découvrais. Il fait déjà très chaud, et le chemin monte vite, nous sommes accompagnés par plein de randonneurs qui montent au Puy, l’ambiance est familiale et les paysages sont sauvages. Nous basculons dans l’autre versant et nous nous retrouvons seuls avec quelques moutons de passages, je ne croiserais quasiment personnes sur le reste du parcours.

Le chemin est très roulant, nous pouvons courir la plupart du temps, sans nous mettre dans le rouge. Avec Stéphane, on rattrape le temps perdu où l’on se voit peu, alors on papote de tout et de rien, on profite d’être ensemble sur ce chemin désert. La chaleur nous fait boire beaucoup et je m’aperçois que je ne retrouve pas toujours les points d’eau que j’avais notés, nous sommes en fin d’été très sec et cela se voit. Après une pause dans un café dans un petit village, Stef doit me laisser au bout de 40 kilomètres à cause d’une douleur dans le mollet, il sait qu’il doit encore faire pas mal de kilomètres pour retrouver notre camping, il préfère être raisonnable et couper sans remords car il a déjà dépassé sa distance la plus longue.

Je continue le chemin sous le soleil brulant de l’après-midi et mes réserves d’eau disparaissent vite, trop vite. Je croise peu de villages avec des commerces, ce ne sont que des hameaux vides et des fermes. Je suis sur les chemins noirs que décrit magnifiquement Sylvain Tesson dans son livre. Un désert au milieu de la France, des zones abandonnées, au profit des grandes villes que je supporte de moins en moins.

Je suis dans mon élément. Il me manque juste un peu d’eau…La nuit commence à tomber au moment où je dois traverser un prés occupé par un troupeau de vaches à cornes assez impressionnantes et curieuses de savoir qui vient les déranger, je m’écarte le plus possible pour ne pas les perturber mais je me demande qui court le plus vite entre un bovin à quatre pattes ou un humain fatigué .Les derniers rayons de soleil embrasent cette savane made in France, je me régale dans les courants d’air frais et continuant d’avancer plus lentement sur le chemin devenu sombre et incertain. Dans la nuit devenue noire, je croise des yeux, parfois de lapins au milieu d’un champ, une autre fois je me retrouve face à un renard, je ne suis pas seul dans ce désert qui n’en pas un pour les animaux. Pour la première fois je vois un blaireau, sortant de son terrier, complètement à l’aise dans la nuit, aussi surpris que moi de croisé quelqu’un ici à cette heure.

Vers Minuit, je sens la fatigue me gagner et je profite d’une table de pique-nique pour dormir dans le bivy 3 petites heures, mais l’humidité et le froid me réveillent et me poussent à reprendre ma marche en attendant le lever du soleil qui me réchauffera. Je sais que je ne ferais pas le tour complet maintenant, mes hanches deviennent douloureuses et mon dos me tire de plus en plus à cause de mon sac bien chargé. Je préviens Stef qu’il peut venir me chercher au village de Besse, et je profite de ce lever de soleil sur les prairies et de ce silence brumeux qui s’évapore pour laisser la place aux chants d’oiseaux et au son de toute la faune qui s’élève en même temps que le soleil.

Pour la première fois j’ai eu envie d’essayer de partager cette expérience en vidéo, en filmant une partie de cette balade, je vous laisse découvrir cette vidéo pas toujours de très bonne qualité mais j’espère que cela vous donnera envie, vous aussi de partir sur les chemins et de découvrir une autre façon de courir dans la nature, librement. Je pense repartir sur ce GR en Mai ou en Juin pour essayer de faire la boucle entière, en invitant les gens à m’accompagner sur une partie ou la totalité, dites-moi en commentaire si l’aventure vous tenterez.

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