Le Jura est un plat qui se mange froid

Vite quitter ses habits de bureau, vite sortir des bouchons parisiens, vite changer d’horizon, direction le Jura et plus précisément, cette région que l’on appelle la petite Sibérie, là où les températures les plus basses ont été relevés en France, jusqu’au record de -36,7 degrés enregistrés en janvier 1967.

Moscou-Paris
Accompagnés de 2 photographes, @ronanmerot et @matthieutober nous arrivons vers 00h sur le parking, les frontales sur la tête et la capuche relevé, nous avançons dans la nuit et la neige, vers le refuge de la CAF qui nous attend. Une bonne bourrasque de vent glacé est un raidillon plus tard, on arrive à bon port, il faut profiter de cette dernière nuit au chaud car ce week-end, la météo indique des froids intenses ! En effet il est annoncé une vague de froid qui vient de Russie et c’est ce que l’on appelle le «Moscou-Paris», avec un flux d’air froid sec, très continental, qui descend sur une large partie de l’Europe. On voulait du froid, on va être servi.

Départ pour le premier jour dans un décor de coton, les raquettes accrochent sur cette neige glacée, on remonte les cols, on sert les capuches, le vent est piquant et la visibilité réduite. Mais l’ambiance est incroyable, le gel et la neige enserrent toute végétation, les arbres sont des sculptures de glace, on suit le chemin seulement grâce à la trace GPS, pas grand monde en vue, d’ailleurs on n’y voit pas à 20 mètres. Malgré tout, les photographes sont à l’affût, ils dégainent et remplissent les cartes d’images.

Le chemin des cabanes
Le but de la balade est aussi de découvrir les cabanes qui se trouvent le long de la frontière suisse, construite par et pour les gens de l’ONF, elles sont ouverte toute l’année pour la plupart, pas de place pour y dormir autre part qu’à même le sol en général, un poêle et une table, et surtout 4 murs sont un toit pour nous protéger des froids nocturnes.

On trouve la cabane de nos rêves, la nuit va tomber et la température avec. Matthieu et Ronan coupent du bois pour tenir la soirée, moi je fonde la neige pour faire un thé, dès que nous arrêtons de nous activer, le froid nous glace les os. Un thé brûlant, une doudoune et un feu dans le poêle antédiluvien, il fait déjà 6° dans la cabane, on est bien heureux de notre journée et réchauffé, sans compter les 40° du whiskey. 21h30, on arrête de regarder descendre le thermomètre à -21° et on file se caler dans nos duvets.

Un Dimanche à Mouthe
On avait prévu de passer à Mouthe pour faire un petit ravitaillement et faire un pèlerinage dans la capitale de la petite Sibérie, on avait oublié que le dimanche à Mouthe ce n’est pas la grosse ambiance : tout est fermé, pas grand monde, l’ambiance n’est pas à son sommet mais on réussit tout même à négocier une saucisse et du pain. C’est reparti, on s’enfonce dans la forêt, coupant au plus direct, la prochaine cabane n’est toute proche, la route n’est pas toute plate et la trace Gps fait des blagues, on arrivera quand on arrivera ! C’est à la frontale que l’on découvre notre cabane du jour, en lisière de forêt, sous un ciel étoilé.

Le lundi au soleil et en raquette
Réveillé par les premières lueurs, le soleil nous fait découvrir le décor de notre cabane : une large étendue qui ouvre la perspective sur un paysage composé de forêt et de clairière, typique du Jura. Le soleil n’est pas assez puissant pour nous réchauffer mais il donne une tout autre allure. C’est cette nouvelle atmosphère que l’on part rejoindre notre point de départ, la neige se fait plus confortable, le bruit plus sourd. Une dernière montée sur le mont-d’or et nous sommes déjà arrivés, mais on reviendra, peut-être en vélo, en courant ou en marchant, mais on reviendra.

« Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu. »
Sylvain Tesson

Photos : Ronan Merot

Previous Post

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *